"Gourou" : Le film que les coachs attendaient?
Peut-on être coach et se réjouir d'un film qui caricature violemment la profession ? Oui assurément. Mon avis dans cet article. Attention, il contient des spoilers.
Avant-hier, je suis allée voir le nouveau film de Pierre Niney, “Gourou”.
Le pitch : L’ascension et la chute brutale d’un coach hypermédiatique suite à une loi imposant un diplôme d’État pour exercer.
On pourrait croire que ce film me ferait grincer des dents. Étrange pour une coach ? Pas vraiment. En réalité, ce film est une bouffée d’oxygène dans la “jungle” qu’est devenu le secteur depuis la pandémie.
Le film s’attaque aux clichés du coach qui promet la fortune, le bonheur immédiat et l’invincibilité. Ce sont des promesses qu’un coach professionnel diplômé (titre reconnu par France Compétences) ne fera jamais.
Le show : Pack Silver et paillettes
Matt, le personnage principal, anime des séminaires aux noms évocateurs : “Pack Silver” et tutti quanti. Musique entraînante, acclamations, codes de la scène... Le parallèle avec le documentaire Netflix sur Tony Robbins, I am not your Guru, est frappant. Au début, on sourit. On reconnaît les codes des coachs français qui s’inspirent de ce modèle américain. On se dit : “C’est juste quelques phrases de développement personnel, quel est le mal ?”
Mais bien sûr, le film pousse l’analyse plus loin.
Le basculement : “Je sais, donc je dicte”
Le malaise s’installe lors d’une scène clé au Sénat. Face à une sénatrice qui l’interroge sur l’accompagnement du deuil, Matt reste très sûr de lui. Il paraphrase, botte en touche. Et puis il commence à lui répondre par des généralités pour tourner autour de pot. Il sort un argumentaire bien huilé qui ne s’applique qu’aux autres (parce que lui, il sait).
Le malaise s’installe : ce n’est pas le boulot d’un coach d’accompagner la détresse. Cela relève de la thérapie ou de la psychiatrie. Un coach professionnel le sait, il connait ses limites.
L’absence de garde-fous
Au fil du film, on souligne parfaitement des manques cruciaux chez ces “coachs-influenceurs” :
L’addiction vs l’autonomie :
Matt suit ses statistiques comme un YouTubeur. Il crée une dépendance où ses clients ont l’impression de n’être rien sans lui. On sent le développement d’une addiction chez ses spectateurs qui reviennent débourser des fortunes dans ses séminaires tant ils ont l’impression de n’être rien sans lui. On le voit notamment à travers l’une des scènes où Julien dit à Matt qu’il va essayer de venir au prochain séminaire. Puis quand il fait une vidéo pour le défendre, lui disant qu’il l’aime. On sent que Matt s’en fiche, puis est en colère face à la vidéo… Puis réagit froidement en lui disant de retourner bosser. On est au niveau -1000 de la congruence.
C’est quoi la congruence ? En coaching, c’est l’alignement total entre ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on fait. C’est être « raccord » avec soi-même.
Chez Matt, le masque craque : il prône l’amour de l’humain sur scène, mais réagit avec mépris et froideur face à la vulnérabilité réelle. Le vrai coaching vise l’inverse.
Le vrai coaching vise l’inverse. Le coach professionnel œuvre à l'autonomie radicale de son client. Il ne laisse pas une dépendance s’installer. Il responsabilise, constamment. Le client ne doit pas penser que le coach fait le travail. Le coach est un médiateur, un facilitateur d’objectif.
Le cadre vs le fourre-tout du “deviens la meilleure version de toi-même”
Matt prétend régler tous les problèmes du monde. En coaching pro, on définit un contrat précis. On vérifie que la demande ne relève pas de la thérapie ou de la psychiatrie. On ne travaille pas sur “toute la vie”, on travaille sur une situation.
Le risque d’emprise est très limité car le contrat de coaching n’abordera qu’une situation à la fois, ce qui permet au client d’avoir du recul malgré un transfert (le fait de projeter ses sentiments sur le coach) potentiel, qui normalement doit être anticipé et détecté par le coach.
La solitude du sommet
Matt est seul au sommet de sa pyramide. Il va jusqu’à conseiller à un spectateur de démissionner en plein show. En faisant cela, il sort de sa posture pour devenir un prescripteur de vie, sans en assumer les conséquences. Personne ne lui dit : “Là, tu sors de ton rôle”. Et quand sa compagne finit par le lui dire… Il est trop tard, il ne peut plus l’entendre.
Un coach certifié (RNCP / France Compétences) se fait superviser. Il parle de ses dossiers à un pair pour vérifier qu’il ne projette pas son ego. Il sait qu’il “ne sait pas”. Il ne cherche pas à influencer, il aide à prendre des décisions éclairées. Un coach certifié est engagé par un code de déontologie qui permet de structurer le métier. Même s’il n’existe pas d’ordre des coachs, les fédérations permettent un responsabilisation du métier.
Conclusion
Alors oui, pour moi, coach professionnelle qui ai un diplôme reconnu au RNCP (France Compétences), ce film est une excellente nouvelle. Il permet de faire le tri entre le coaching et l’influence. Il offre au grand public les repères nécessaires pour ne plus se faire piéger par les marchands de sable. Oui, le métier demande des centaines d’heures de formation à la posture. Non, on ne s’improvise pas guide de vie pour flatter son propre ego.


J'aurai adoré t'accompagner au cinéma !